La capsule d’Honfleur, ou comment Allais souffla l’idée à Duchamp avant qu’Honfleur n’en fasse une pâtisserie

Dans l’une de ses chroniques, Alphonse Allais imagine un remède délicat au mal du pays :

« Les Dames en voyage touristique ou d’affaires sont sensibles aux mâles du pays (toujours), alors que nous, les Messieurs, subissons (parfois) le mal du pays.

Pour y remédier, transportons dans la valise, en de mignonnes capsules, quelques mètres cubes d’air comprimés provenant de notre région de naissance. Ces quelques mètres cubes d’air comprimés attendront (les bras croisés) le moment de venir dilater, loin de la terre natale et après ouverture des capsules, nos larges poumons en balade.

Et cette invention d’emmener avec soi dans sa valise l’air de son pays m’a touché aux larmes. »

D’après Alphonse Allais

Les amateurs de filiations discrètes noteront qu’avant qu’une ampoule pharmaceutique ne soit rebaptisée Air de Paris par Marcel Duchamp en 1919, Alphonse Allais — qui, lui, sortait d’une pharmacie — avait déjà eu l’idée de mettre le pays en capsule.

Là où d’autres récoltèrent plus tard les lauriers, Allais avait déjà l’intuition, le geste, l’objet — et surtout l’esprit.

C’est cette chronique que Jean-Yves Loriot, fondateur du Petit Musée d’Alphonse Allais et passeur infatigable de son œuvre, proposa un jour à Justine Bellot, pâtissière honfleuraise remarquée par le Gault & Millau, alors étrangère à l’univers d’Allais.

Justine Bellot et Jean-Yves Loriot, président de l’Association des Amis d’Alphonse Allais, lors du lancement de la Capsule d’Honfleur — février 2024

L’idée n’était pas d’illustrer la chronique, mais d’en prolonger l’esprit : partir d’une invention poétique pour en tirer une forme légère, éphémère et délicieusement déplacée.

Ainsi naquit La capsule d’Honfleur.

Pour en saisir toute la finesse, il fallait en goûter les trois accords, les trois matières, les trois souffles : le chocolat aux fèves d’Équateur, la légèreté d’une mousse aérienne, et le croquant d’un biscuit aux graines de la Fée Verte — autrement dit l’absinthe, compagne bien connue des imaginaires fin-de-siècle.

Une capsule d’air devenue pâtisserie.
Un gâteau surréaliste donc.

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