ALPHONSE ALLAIS : Journaliste, Humoriste, Écrivain, Inventeur - tout en un !

 

ALPHONSE ALLAIS

Né le 20 octobre 1854 à Honfleur et mort le 28 octobre 1905 à Paris, Alphonse Allais est l’un des esprits les plus vifs, acérés et singuliers de la Belle Époque. Journaliste, écrivain, humoriste, inventeur, il manie la phrase comme d’autres l’arbalète : avec précision, ironie et une grâce légèrement décalée. Maître des calembours, des vers holorimes et des chroniques subtilement corrosives, il est aujourd’hui reconnu comme l’un des grands artisans de l’humour absurde en langue française.

 

A comme Allais… comme Artiste

Dernier d’une fratrie de cinq enfants, fils du pharmacien Charles-Auguste Allais, installé place Hamelin à Honfleur, Alphonse semble, dès l’enfance, flotter dans une clairière excentrique. Muet jusqu’à trois ans, scientifique à seize, recalé une fois, reçu la suivante, il semble hésiter entre silence, science et irrévérence.

À Honfleur, on l’imaginait pharmacien ; à Paris, il deviendra poète, chroniqueur, conteur, expérimentateur — et artiste avant la lettre.

Praticien des Arts incohérents, il s’amuse du monochrome bien avant Klein, du concept avant Duchamp, du canular avant toute la modernité. Un artiste « monochroïdal » dirait-on aujourd’hui : précurseur, insolent, réjouissant.

Articles sur le sujet : ALLAIS INSPIRE / A COMME… ALBUM PRIMO-AVRILESQUE

 

Dans Allais, il y a la lettre S de Scientifique...

Entre génie distrait et farfelu sérieux, Allais invente quantité d’objets aux noms flamboyants qui, pour certains, deviendront indispensables à notre quotidien. Lui-même l’ignorait : la plupart ne furent jamais brevetés.

Une exception pourtant : le “sucre-café soluble”, ancêtre direct du Nescafé.
L'idée naît à Paris, lorsqu’il est stagiaire à la pharmacie Charlard-Vigier. Le 7 mars 1881, le brevet n° 141530 est déposé au ministère de l’Agriculture et du Commerce. Destiné aux armées — comme la baguette napoléonienne était destinée au sac des soldats — ce breuvage sec et noir devait accompagner les campagnes.

 

Ironie de l’histoire :
le brevet s’égare dans les archives…
Et cent ans plus tard, les G.I. débarquent en Normandie, armés — de café soluble.

Copie du brevet déposé sous le numéro 141330

 

A…Comme Ascension…

Des bancs de la pharmacie aux colonnes des journaux

En 1871, pendant que la Commune agite Paris, le jeune homme est encore stagiaire chez son père à Honfleur. Mais en 1872, à dix-huit ans, il quitte sa Normandie natale pour Paris, officiellement pour y poursuivre ses études de pharmacie. Officieusement, le destin littéraire l’attend au coin d’un comptoir.

C’est au cours de son premier stage parisien, à la pharmacie Charlard-Vigier, boulevard Bonne-Nouvelle, que se produit la rencontre décisive. Une employée, parente de Léon Bienvenu (1835-1911) — propriétaire de l’hebdomadaire humoristique Le Tintamarre —, présente au directeur le jeune stagiaire à l’œil brillant.

Bienvenu voit débarquer un garçon mince, vif, qui se met à improviser, plaisanter, jongler avec les mots. Il est immédiatement conquis par ses saillies et son esprit.

« Écrivez pour moi. Vous êtes fait pour Le Tintamarre. »

Allais accepte. La pharmacie n’est pas encore abandonnée, mais la littérature lui a déjà mis la main sur l’épaule. Dès 1872, son tout premier article humoristique paraît dans Le Tintamarre : ce n’est pas encore une carrière, mais c’est la première étincelle.

Entre 1875 et 1880, il collabore régulièrement à l’hebdomadaire, y donnant notamment ses fameux « combles », ces micro-blagues qui semblent sortir de nulle part et que l’on attribue souvent, à tort, au fonds anonyme des “bonnes histoires” de bistrot :

« Quel est le comble de l’économie ?
Coucher sur la paille que l’on trouve dans l’œil de son voisin
et se chauffer avec la poutre que l’on a dans le sien. »

Par l’intermédiaire de Tintamarre, Allais rencontre Georges Lorin, puis Charles Cros, poète et inventeur, avec qui il expérimentera la photographie en couleurs, les pierres précieuses artificielles, les signaux lumineux aux extraterrestres, et beaucoup d’autres “lubies” scientifiques plus ou moins alcoolisées.

Le Chat Noir : laboratoire d’un humour nouveau

Après l’échec définitif de ses études de pharmacie — il ne se présente pas aux examens, préférant la terrasse des cafés —, son père lui coupe les vivres. Il lui faut vivre de sa plume.

En 1881, il rejoint l’aventure du cabaret Le Chat Noir de Rodolphe Salis, à Montmartre. Lorsque l’hebdomadaire Le Chat Noir est lancé, il y signe ses premières chroniques dès 1882, puis devient rédacteur en chef en 1886.

Le Chat Noir n’est pas qu’un cabaret, c’est un laboratoire de modernité : on y croise Villiers de l’Isle-Adam, Verlaine, Charles Cros, les Hydropathes, les Fumistes, les Hirsutes, tout un peuple de poètes, peintres, chansonniers et anarchistes élégants.

Allais y orchestre mystifications, récits absurdes, pastiches et fausses signatures (notamment celles du célèbre critique Francisque Sarcey, dont il s’amuse à “emprunter” l’identité littéraire pendant des années, au vu et au su de l’intéressé).

Parallèlement, il publie dans Tout-Paris, puis Gil Blas et Le Journal, où il tient une chronique quasi quotidienne.

Livres, voyage, amour

Au début des années 1890, il rassemble ses contes en volumes :
À se tordre (1891)
Vive la vie ! (1892)
puis Pas de bile !, Le parapluie de l’escouade, Deux et deux font cinq, On n’est pas des bœufs, Le bec en l’air, Album primo-avrilèsque, etc.

Le 9 juin 1894, il s’embarque au Havre sur le paquebot de luxe La Touraine, navire-amiral de la Compagnie générale transatlantique, à destination de New-York et du Canada, en compagnie de quelques amis. La traversée dure huit jours, qu’il passe entre cocktails, flirts et invitations à la table de l’état-major. Il en tirera des chroniques savoureuses.

Arrivé à New-York, il note avec son sérieux habituel :

« Les courses en voiture à New-York sont hors de prix.
En allant à pied pendant une semaine,
on peut parfaitement économiser de quoi racheter l’Alsace et la Lorraine. »

Après un séjour au Canada — où il situera plusieurs de ses contes —, il rentre en France en juillet.

En 1895, il épouse Marguerite Marie Gouzée (1869-1914), fille d’un brasseur d’Anvers. Sur les conseils de Tristan Bernard, le couple s’installe à Paris, puis partage sa vie entre la capitale et Honfleur. En 1898 naît leur fille Paulette.

En août 1899, Allais devient rédacteur en chef d’un nouveau journal humoristique, Le Sourire, lancé pour rivaliser avec Le Rire. Il y poursuit sa carrière de conteur tout en publiant de nouveaux recueils, dont Ne nous frappons pas (1900) et Le Captain Cap (1902), personnage qui incarne son goût pour l’absurde et les breuvages compliqués.

Derrière cette écriture légère, on sent poindre une forme de pessimisme : ses critiques des militaires, des politiques et des curés sont traversées d’une désillusion profonde. L’humour, chez lui, est la politesse du désespoir avant l’heure.

 

A comme A’Dieu…

Alphonse Allais meurt en 1905, à l'âge de 51 ans, d'une embolie pulmonaire, à l'hôtel Britannia, à Paris rue d’Amsterdam. En 1944, une bombe anglaise détruit complètement sa tombe au cimetière de Saint-Ouen.

 

Rue d’Amsterdam

L’hôtel le Britannia se situait au numéro 24.

 

Une plaque commémorative, ajoutée en 2005, précise :

« Sous cette dalle (en pente) a reposé Alphonse Allais, écrivain humoristique, enterré le 28 octobre 1905, sublimé le 21 avril 1944 par une bombe de la RAF, transféré virtuellement à Montmartre le 24 octobre 2005 par son Académie ».

La même année, ses cendres « virtuelles » sont symboliquement transférées au Panthéon par les membres de l’Académie Alphonse Allais, fondée en 1954 par Henri Jeanson et Eugène Ionesco.

Puis, en 2008, Grégoire Lacroix, écrivain et poète, se charge de l’étape suivante :
ramener les cendres symboliques à Honfleur, comme on rapatrie un ami distrait qui aurait pris un métro un peu trop loin.

La preuve en cliquant sur l’image ci-dessous !

 
 
 
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« Les gens qui ne rient jamais ne sont pas des gens sérieux. »