Nous n’irons plus au bois

En ces deux dimanches de fin d’hiver 2026 – il a encore gelé cette nuit – les Français sont invités à se diriger vers les urnes pour élire leurs dirigeants municipaux.

En mai 1898, en ces jours de mi-printemps, Alphonse Allais a le projet de supprimer la salle des séances pour les députés au Palais-Bourbon. Salle qui lui déplaît et même qui lui déplaît à un point qu’il ne saurait dire. Allez savoir ! Il est des répulsions qui ne se raisonnent pas. Celle-là est du nombre.

Et pour remplacer cette fameuse enceinte parlementaire, Alphonse propose de doter chaque député de nos régions d’un petit appareil à voter à distance, électriquement, le « télévote ».

Que d’avantages ne résulterait-il point de cet appareil ! D’abord, plus de déplacements pour les députés qui pourraient ainsi demeurer au sein de leurs électeurs et s’imprégner mieux de leurs besoins, de leurs desiderata, de leur idéal politique et social. Donc économie à la fois et représentation plus sincère.

En second avantage, des séances plus calmes, le Président pouvant couper la communication aux très fougueux interrupteurs et les réduire au silence.

Ah ! Ce merveilleux télévote !

Que d’autres profits encore ! Ne fût-ce que la meilleure moralité de notre représentation départementale désormais à l’abri du Casino de Paris, des Folies Bergères et autre Moulin Rouge.

Mais cette dernière considération posa sur l’âme d’Alphonse comme un doute sur la réussite d’un si beau projet car il est patent (et même épatant) que la plupart des candidats n’ont au fond qu’une idée : venir faire la noce à Paris.

Cher Alphonse, « empereur de l’avant-gardisme » !

Nous n’irons plus au bois, les lauriers sont coupés

  

Sara Vigott, chroniqueuse pour allaisviens.fr

Suivant
Suivant

Journal de bord - Photo de la REINE D’angleterre et buste d’allais