Allais, prophète de la papauté médiatique

Habemus papam

En 2025, la chrétienté a la pieuse joie de découvrir Léon XIV.

En 1895, Alphonse Allais avait déjà son Léon : Léon XIII.
Le hasard, qui aime les clins d’œil historiques, se montre parfois d’une précision toute liturgique.

Dans Pas de bile !, Alphonse imagine parmi ses 182 inventions une idée dont il avait le secret : organiser pour Sa Sainteté le pape Léon XIII une vaste tournée internationale — Europe, Amérique, et davantage si affinités.

Mais la chose exige méthode. La tournée sera minutieusement préparée : organisation, itinéraire, étapes, logistique, calendrier. En somme, déjà, les lois du spectacle moderne. Comme furent ou seraient organisées celles de Céline Dion, d’Elvis Presley ou de Mireille Mathieu, avec « tant pour cent » pour l’impresario, « tant pour cent » pour le denier de Saint-Pierre, et le reste pour la gloire de Rome.

Le trait est comique, mais la cible est précise.

Sous la plaisanterie, Allais pressent une transformation profonde : celle d’un pape appelé à sortir de Rome, à se montrer, à circuler, à devenir visible.
Non plus seulement une autorité spirituelle, immobile et distante, mais déjà une figure publique, presque médiatique, appelée à se déplacer pour rassembler.

Bien avant les bains de foule, les voyages apostoliques, les messes géantes et la papauté mondialisée, Allais avait deviné qu’un jour, lui aussi, le Saint-Père devrait faire sa tournée.

Il faut toujours se méfier des plaisanteries d’Alphonse : elles finissent souvent par devenir des prophéties.

En somme, une manière très allaisienne de rendre le pape un peu plus « papulaire ».

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Qui est frais ? Allais.