Inauguration du Petit Musée d’Alphonse par Raymond Devos

Le conservateur du Petit Musée, Jean-Yves Loriot, reçoit ses visiteurs comme on prend un passager en voiture. Dans le rétroviseur, visages connus ou rencontres récentes reprennent place à bord.

Raymond Devos (1922–2006)

Humoriste, funambule du langage, musicien des mots et artisan majeur de l’absurde.

À bord
Le 17 juin 1999, Raymond Devos inaugure le Petit Musée d’Alphonse Allais, à Honfleur, deux étages au-dessus de l’officine qui vit naître Charles-Auguste Alphonse Allais. Dans la rue, la foule s’amasse ; dans l’escalier, chacun monte avec l’application d’un pèlerin. On vient voir un musée, bien sûr, mais surtout approcher une voix. Quelques-uns espèrent déjà pouvoir « toucher des doigts d’auteur ».

Dans le rétroviseur
Devos découvre ce minuscule théâtre d’objets où l’on circule à peine, mais où l’esprit tient tout entier. Un musée à la mesure d’Allais : réduit en surface, vaste en écart. Un musée d’inventions, de détours, de mots pris au mot.

Parrain idéal pour ce lieu d’ironie savante, Raymond Devos y avance comme en terrain familier. Même goût du contretemps, même confiance dans les pièges du langage, même manière d’ouvrir dans la phrase une trappe vers l’absurde. Sa présence ici n’inaugure pas seulement un musée : elle lui donne sa langue.

En descendant
Pendant vingt ans, le plus petit musée de France resta là où Alphonse allait et venait. Sa visite se méritait : on y accédait par un vieil escalier ayant mal tourné, mais trop âgé pour qu’on le remît dans le droit chemin. Un escalier d’Allais, en somme — et sans doute la meilleure manière d’entrer chez Devos.

« Le rire est une chose sérieuse avec laquelle il ne faut pas plaisanter. »
— Raymond DEVOS
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